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dimanche 16 septembre 2007

Sabra et Chatillah, c'était il y a 25 ans


23 janvier 2002. 10 heures du matin. Une forte détonation secoue Beyrouth Est, secteur chrétien de la ville. Dans les décombres de la voiture qui a explosé on retrouve le cadavre d'Elie Hobeika, politicien chrétien maronite de premier plan, député, ancien ministre d'état de 92 à 98. Deux jours avant, Hobeika avait rencontré secrètement deux sénateurs belges, Josy Dubié et Vincent Van Quickenborne à propos de son éventuel témoignage dans un procès intenté en Belgique pour crimes contre l'humanité (rappelez-vous la loi compétence universelle depuis méchamment abrogée) contre Ariel Sharon par des survivants des massacres de Sabra et Chatillah.

Du 16 au 18 septembre 1982 Hobeika a mené les unités phalangistes (extrême droite chrétienne) qui ont "nettoyé" les deux camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Shatillah (banlieue sud de Beyrouth) faisant entre 500 et 3000 morts selon les sources. Le prétexte à ce bain de sang était de venger la mort de Bachir Gemayel. Ce jeune (35 ans) et charismatique leader des Forces Libanaises (parti dans lequel il a regroupé, parfois par la force, toutes les factions chrétiennes), allié d'Israël dans la lutte contre l''OLP, vient d'être assassiné le 14 septembre 82 alors qu'il a été élu président de la République libanaise le 23 août. A l'époque, on a immédiatement attribué l'attentat à des militants palestiniens (alors qu'on y verra après coup plutôt la patte de la Syrie). Dans le cadre de l'opération "Paix en Gallilée" Tsahal a envahi le Liban depuis début juin et contrôle l'essentiel du pays avec près de 60 000 hommes. Le 15 septembre les autorités iraëliennes (dont Ariel Sharon, alors ministre de la défense) décident d'occuper totalement Beyrouth Ouest (zone musulmane), de boucler hermétiquement les deux camps de réfugiés et d'y laisser entrer la milice chrétienne. Il existe encore une polémique sur le rôle exact de Tsahal dans le déroulement des massacres même si dès début 83 une commission d'enquête israélienne (la commission Kahane), établie sous la pression de l'opinion publique scandalisée par l'horreur des massacres, concluait à la responsabilité indirecte de l'état major et des politiques dont Ariel Sharon, alors forcé de démissionner. Des éléments plus récents indiqueraient que Tsahal aurait activement aidé au massacre en tirant des fusées éclairantes (selon certaines sources-non identifiées- des commandos israéliens sans uniforme auraient aussi participé au nettoyage...). 25 ans plus tard la lumière n'a pas été encore totalement faite sur les aspects les plus sordides de cette lamentable histoire.

Dernièrement l'armée libanaise, après un siège d'attrition de 105 jours a fini par vaporiser un groupe sunnite radical, le Fatah al Islam, détruisant au passage le camp de Narh el Bared et forçant à l'exil de 30 à 40000 civils dont le seul crime fondamental était d'être apatrides. Plutôt que d'intégrer ces populations depuis l'exode de 48, l'état Libanais, dont le système politique est basé sur un équilibre ethnico-religieux délicat, a préféré bloquer la situation dans un status quo qui ne pouvait que dégénérer. Si dans les 10-20 ans qui ont suivi, on pouvait encore faire miroiter aux populations réfugiées le retour à la terre de Palestine et aux opinions publiques du monde arabe une grande victoire sur le "satan sioniste", il est désormais plus que temps de regarder la réalité en face: les gens qui naissent aujourd'hui dans les camps sont nés de parents eux-mêmes nés dans les camps... ils n'ont plus de palestiniens que le nom, l'absence d'un statut stable et une vague mythologie familiale. Que l'état libanais, avec le soutien de la communauté internationale leur accorde enfin une place décente dans la société avec les aménagements institutionnels nécessaires afin que cessent les rancoeurs et les tensions qui minent la stabilité du Liban. Cela permettra aussi peut-être d'un jour effacer l'antisémitisme chronique qui ronge les populations arabes et qui ne profite qu'aux extrêmistes de tous bords et aux marchands de canons qui les fournissent.


Salaam/Shalom

En photo: une double affiche d'Elie Hobeika sur un des murs de la rue Gouraud, dans le quartier branché de Beyrouth Est.

Ps: Pour vous remonter le moral, je vous mets aussi le lien vers une excellente vidéo "Stop the clash of civilisations" qui traite du monde d'aujourd'hui...

1 commentaire:

Marc a dit…

ça vous arrange bien, sous couvers d'un humanisme hypocrite, de faire en xorte que les palestiniens renoncent à leurs droits légitimes, de retrouver leurs terres et leur racine en devenant libanais. Et qu'est ce qu'ont à voir avec la terre mythique des juifs, les kazars ashkenases, etles berbères sepeherades